La conservation des jeux vidéos

Posted On jeudi, août 11th, 2011 By Kainou

Les jeux vidéos doivent-ils être conservés au même titre que les œuvres d’art ? Voici une question qui n’a que peu d’intérêt à être posée, car le jeu vidéo est un art, qui est ensuite lui même constitué d’œuvres artistiques pour donner un tout qui reste bien évidement de l’art. Le soucis qui se pose, c’est que les supports physiques dépérissent peu à peu et seront amenés à disparaître tôt ou tard. Comment donc conserver l’essence de ces œuvres ? Penchons nous sur le problème.

Dans l’idéal il faudrait pouvoir conserver le jeu, dans une coque à l’abri de la lumière et composants oxydants. Imaginez le prix que cela coûterait. Même le cinéma ne peut pas se le permettre, qui pourtant est un art reconnu aujourd’hui. On peut donc se poser légitimement la question de ne pas se préoccuper de « l’enveloppe » et essayer de conserver le programme. Le salut viendra de la piraterie.

Comment ?
Un jeu vidéo est un programme. Qu’est-ce qu’un programme ? Tout simplement une liste d’instructions, compilées, et traduites dans une langue que la machine qui doit le faire fonctionner comprend. L’avantage d’un programme, c’est qu’il est numérique. C’est-à-dire qu’il est composé, une fois compilé, d’une simple suite de 0 et de 1. L’avantage du numérique, c’est que l’on peut le lire et le copier indéfiniment sans aucune altération. Partant de ce postulat, pourquoi ne faisons-nous pas une bête copie du programme, vu qu’on peut le faire sans aucune perte ? Bingo ! Le terme est lancé Rom dump !.
Rom dump : L’action de récupérer le contenu de puces en fichier informatique.

Les hackers adorant mettre leur nez partout décidèrent, comme à leur habitude, de regarder « comment ça marche », et pourquoi cela fonctionne. Grand bien leur en a pris. Démonter les consoles, démonter les cartouches, ça ne fait pas peur à ces touche-à-tout de l’informatique et de l’électronique. Au départ dessouder les puces, puis créer des pilotes pour les lire directement depuis un ordinateur sans les démonter et enfin, enregistrer les dumps directement depuis la console en utilisant des failles, sans passer par un ordinateur. La technologies évolue, les hackers aussi.
Hackers : Férus de technologie, souvent autodidactes, aimant comprendre, analyser et détourner la technologie.

Nous avons des moyens techniques et humains pour récupérer tout cela. Encore faut-il les stocker, les organiser, les ranger et trouver un moyen de les conserver. Au début comme souvent, ce fut l’anarchie. Les roms étaient dumpées, diffusées, partagées, nommées au petit bonheur la chance. Comme l’anarchie amène à la liberté et que de la liberté naissent de belles idées, les gens ont pensé a uniformiser et classifier tout ce capharnaüm.

Un des premiers jeux à l'action scénarisée. Donkey Kong

Un des premiers jeux à l’action scénarisée. Donkey Kong

L’uniformisation.
C’est bien beau d’avoir des centaines de gens pour dumper à travers le monde, mais une initiative naturelle comme celle là, que tous ces gens de par le monde eurent plus ou moins en même temps engendra le chaos. Pour malgré tout s’y retrouver, les gens finirent par créer des outils, des bases de données. L’homme a définitivement un instinct de survie qui le pousse à s’organiser. Les Good romset et consort commencèrent à faire leur apparition.

Le ménage étant fait, il était donc possible de ranger, stocker et compresser toutes ces données puis de les distribuer pour non seulement y jouer illégalement, mais aussi participer à la sauvegarde de ces roms. Grâce à internet nous pouvons échanger très facilement ce type de données via les newsgroups, les forums, les protocoles de discutions instantanées (IRC, XMPP…) et enfin, le P2P.

La conservation des jeux vidéo actuelle légèrement anarcho-liberaliste se rapproche beaucoup du concept de l’échange par protocoles pair à pair (P2P) au sens ou plus il y a de sources, moins il y a de risque que les données deviennent indisponibles. Les gens échangent leurs « goodXXX » et leurs « No-Intro XXX » dans l’illégalité la plus totale, mais permettant de mettre beaucoup de perles à l’abri de l’oubli.

Les consoles.
Les jeux sont protégés, mais qu’en-est-il des consoles, et de tout ce hardware ? Les collectionneurs, ces joyeux hurluberlus cherchant à sauver la moindre Megadrive des poubelles, sont le fer de lance d’associations tel que Mo5. Or, comme pour les jeux en eux même, des soucis de conservation se posent très vite. Vous vous poser donc légitimement la question « Mais mon bon monsieur, si vous dumpez les jeux, dumpez les consoles ! Non ?».
Hardware : Le matériel, l’équipement. Terme souvent utilisé en informatique 

Une fois les jeux dumpés, c’est plus marrant d’y jouer sur son ordinateur ! Qu’à cela ne tienne, IBM savait faire marcher des programmes écrits pour un processeur sur un autre, n’est-ce pas ? De la « Rétrocompatibilité », oui, mais comment ? Grâce à l’émulation. Expliquons rapidement ce qu’est l’émulation. Il s’agit de reproduire le comportement d’une machine sur une autre. De là, nos chers amis hackers décidèrent qu’il était temps de commencer à se pencher sur le cas des consoles.

Deux approches différentes s’affrontent sur le terrain des émulateurs. La vitesse d’exécution et la précision. Dans le premiers cas, le but du développeur de l’émulateur est de faire tourner le plus de jeux le plus rapidement possible, quitte à utiliser des hacks au sein même de la rom ou des techniques détournées pour reproduire dans les grandes lignes le fonctionnement de la machine en éludant les petites fonctionnalités de certains composants, si peu utilisées qu’elles ralentiraient le code. Dans le second cas, il cherche à respecter au plus possible le fonctionnement de la machine, sans se soucier de la vitesse d’exécution du code. Cette seconde façon de programmer est en soi une démarche pure et dure de conservation. Vous, si vous êtes développeur, que vous faites un émulateur accurate, s’il-vous-plaît, publiez vos sources, pour le bien de tous. Je vous renvois vers cet article (En) pour plus de détails
Vitesse exécution : Vitesse à laquelle un ordinateur est capable de lire les instructions, et de les exécuter. Plus il y a d’instructions, plus le programme sera lent.

Quoi de plus beau qu'un intellivision en boite ? La même sur une femme nue !

Quoi de plus beau qu’une intellivision en boite ? La même sur une femme nue !

Le contenant.
Peu s’en soucient car aux yeux des gens, tout cela est secondaire, mais c’est toute une partie de l’histoire des jeux vidéos qui commence à disparaître. Dans l’idéal il faudrait démonter les boites et les scanner en très haute résolution. De même pour les manuels. Oui mais les circuits imprimée ? De quoi étaient composées les cartouches comme composants ? Hé bien on a qu’a scanner aussi les PCB !
PCB : Printed Circuit Board : Abreviation technique du « Circuit imprimé », qui est la carte à laquelle sont attachés et reliés tous les composants. 

Aujourd’hui, avec l’accessibilité des outils à des prix abordable, quelques fous ont décidés d’entreprendre cela, dont Byuu. Je vous redirige donc vers Byuu.org pour en savoir plus. Dans l’idéal, à défaut de pouvoir conserver les supports, il faudrait pouvoir reproduire chaque cartouche à l’identique si nous le souhaitions.

Ou se trouve la limite ?
Conserver les jeux vidéos, ok, mais les jeux de plateaux ? Il y a des notions de gameplay, plusieurs arts se rencontrent pour créer une expérience qui pourrait être, elle aussi, être au même titre que le jeu vidéo considéré comme un art pluriel. Pourquoi ne pas les conserver également ? Le débat est à peine lancé.
Gameplay : Terme regroupant toutes les mécaniques et règles de jeu.

Les jeux sur mobile est-il aussi du jeu vidéo ? De plus en plus. Si le Snake, sur votre téléphone mobile était un bête passe temps, il tends de plus en plus vers des gameplay evolués, et des histoires scénarisées. N’étant pas connaisseur de ces plateformes, je ne connais pas les moyens à mettre en oeuvre, par contre, une question me vient me titiller dans le fond de ma conscience : Et les mécanismes de protection ?

Le jeu sur téléphone ? A creuser.

Le jeu sur téléphone ? A creuser.

Les DRM.
Les DRM, ces jolies petites choses contre la copie pourrait signer la fin du retrogaming et poser de gros soucis dans la conservation des jeux vidéos actuels. En effet, si jamais un de ces vils messieurs producteur de DRM décide de ne plus supporter son produit ou bêtement, si la boite fait faillite… Pouf, plus de jeu exploitable. Encore une fois, grâce à nos chers pirates et leurs cracks au jour le jour, ils permettent de faire des copies de sauvegarde sans trop se soucier de tout cela.
DRM : Digital Right Management : Programme vérifiant si oui ou non vous avez le droit de jouer au jeu/utiliser le logiciel pour lequel il est conçu

Tout allait bien dans le meilleur des mondes. C’était sans compter sur ces gentil éditeur qui se sont dit « Wais pa lol, fé chié les pirat ! » et obligent donc à être connecté à LEURS serveurs pour avoir le droit de jouer à leurs jeux. Encore une fois. Si l’éditeur de votre jeu préféré en a marre de payer les serveur, pour leur DRM…? Pouf, plus de jeu. Dans ce cas, comment les conserver ? Les jeux vidéos sont menacés par les mêmes gens qui vous les vendent. Sans vous conter les conflits d’intérêt et les serveurs coupés pour forcer l’achat des versions supérieures de leurs jeux, vous aurez compris la stupidité de la situation…

Conclusion :
Nous savons bien qu’il est important de conservez ce patrimoine, mais il y a encore des vides, des points non discutés. Il est donc important d’ouvrir la porte à la réflexion. Oui, toi joueur, tu crée un pan de l’histoire de l’art. Tu en es un acteur extrêmement important, petit padawan, alors n’hésite pas une seconde à participer à diverses initiatives, à t’élancer dans le débat, et apporter ta pierre à l’édifice.

Merci à Tukuyomi et Nightwolf pour les diverses relectures de cet article et sa correction. Merci a Tori pour l’illustration de la une et bien sûr merci à tous les rom dumpers, collectionneurs, développeurs, retrogamers et hackers.

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